L’affaire Ollo Obiang, du nom du leader estudiantin candidat aux locales 2013, est bien loin d’avoir livré toute sa vérité. Le porte-parole des étudiants de l’UOB est toujours détenu à la DGR pour des raisons nébuleuses et vraisemblablement l’université n’a pas porté plainte. Même que, depuis l’intervention de son avocat, Me Paulette Oyane-Ondo, on bricolerait un dossier censé confondre l’infortuné.
Interpelé par les agents de la Direction générale des Recherches (DGR) puis mis aux arrêts dans la journée du mardi 29 octobre, le porte-parole des étudiants de l’Université Omar Bongo (UOB), Firmin Ollo Obiang, subi depuis plusieurs heures une «garde à vue arbitraire», selon les termes de son avocat, Me Paulette Oyane-Ondo, lauréate du récent Prix des droits de l’Homme pour l’Afrique centrale, qui a décidé de porter la situation sur la place publique jusqu’à la régularisation de la situation de l’étudiant que l’on dit sous le coup d’une plainte intentée contre lui par les autorités universitaires.
La magistrate s’est portée volontaire pour défendre l’infortuné dans cette affaire qui semble relever davantage d’une «conspiration» que d’une histoire de grève ayant donné lieu à quelques heurts, habituels, entre étudiants et agents des forces de l’ordre. Elle s’est donc rendue dans la matinée du mercredi 30 octobre dans les locaux de la DGR afin de s’«enquérir de la situation et connaître les motifs de ces arrestation et détention qui sont arbitraires», ainsi qu’elle l’explique elle-même.
Sur les lieux, raconte-t-elle, l’enquêteur de la DGR chargé du dossier, courtois et poli, lui confie qu’il existe bien une plainte contre l’étudiant Ollo Obiang inscrit en Licence 3 au Département des sciences économiques de l’UOB. «Il serait accusé de troubles et de destruction de biens. Des chefs d’accusations bien commodes et si vagues qu’ils sont typiques des régimes dictatoriaux. C’est d’ailleurs les mêmes accusations qui existent, à quelque chose près, dans la décision qui le traduit devant le conseil discipline et qui est datée du 17 octobre 2013. A la seule différence que dans cette décision du conseil de discipline, il est déjà déclaré coupable de ces faits», rapporte Paulette Oyane-Ondo. Mais les agents de la DGR, bien que courtois, n’auraient pas transmis à l’avocate la plainte qui motive l’arrestation et la détention de son client, comme l’exige les dispositions de l’article 54 du Code de Procédure pénale qui stipulent notamment que l’avocat a accès au dossier de son client dans ce genre de procédure.
C’est décidée de tirer cette affaire au clair que la présidente du Centre pour la démocratie et la défense des droits humains (CDDH-Gabon) confie le dossier à un agent de son cabinet afin de recueillir la version des autorités universitaires, notamment du Doyen de la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE) et du secrétaire général de l’UOB. Ces derniers, à en croire Paulette Oyane-Ondo, jointe par Gabonreview le jeudi 30 au soir, ont juré de n’avoir jamais déposé de plainte contre l’étudiant Ollo Obiang. Du moins pas pour qu’il soit ainsi mis aux arrêts par la DGR. «Et sachant que l’étudiant à l’encontre duquel ils disent ne pas avoir déposé plainte est arbitrairement détenu, ils tiennent quand même un conseil de discipline dans son dos. C’est impensable !», s’est insurgé l’avocate qui dit avoir déposé une lettre au bureau du Procureur de la République, dans la matinée du 30 octobre dans le but du lui faire part du «cas de violation flagrante du droit à un procès équitable» dont est victime son client, gratuitement défendu comme souvent dans ces cas pour ce qui la concerne.
« J’ai promis, hier (30/10/13), de me rendre chez le Procureur ce matin et j’ai été la première personne qu’elle a trouvée au seuil de sa porte à 7 heures. Mais je n’ai pas envie de faire le bruit pour le bruit. J’ai préféré déposer une lettre en lui promettant une expertise de mon huissier qui est en ce moment (31/10/13, 14 h) à l’UOB pour rencontrer le Doyen et le secrétaire général. Quand tu accuses l’Etat de violation, il faut être capable de le prouver, et c’est le travail que mène l’huissier présentement afin de démontrer si réellement, oui ou non, une plainte a été déposée contre l’étudiant Ollo Obiang», a expliqué Paulette Oyane-Ondo avant de rassurer sur les nouvelles conditions de détention de son client. «J’ai dit sur mon post qu’il n’avait rien eu à manger plusieurs heures après son interpellation, mais aujourd’hui les conditions de sa détention se sont clairement améliorées. Déjà, il n’est plus déshabillé, les agents le traitent bien malgré l’état repoussant des cellules qui sont en totale violation avec les normes établies par l’ONU en termes de respect des droits et de la dignité humaine. En revanche, je lui dicté la conduite d’usage à tenir : ne signer aucun papier», a déclaré l’avocate.
Aux dernières nouvelles, l’huissier commis par le défenseur des droits de l’Homme, du retour de l’UOB, a dressé procès verbal de son entretien avec le secrétaire général de l’institution académique et, à la grande surprise de ce dernier, l’évocation d’une quelconque plainte n’avait jamais été faite à l’époque. Ni par lui ni par le recteur de l’Université. A cet effet, a-t-il demandé à l’huissier de s’enquérir auprès du Pr James, Doyen de la FDSE. Mais, jusqu’en fin d’après-midi du jeudi 31 octobre, le concerné aurait été introuvable. «Je vais fouiller, creuser et découvrir ce qui se cache derrière tout ceci. Mais dès lundi (4 novembre) je vais demander au Procureur la libération sans conditions de mon client», a confié Me Paulette Oyane-Ondo. Affaire à suivre.